Etape 19 : Le Creusot > Montceau-les-Mines
Victoire de Serhiy Honchar
Floyd Landis va remporter le Tour de France 2006. Samedi, l'Américain a pris la trosième place du contre-la-montre décisif, dominé par Serhiy Honchar. Il a surclassé ses deux rivaux espagnols, Oscar Pereiro et Carlos Sastre, pour reprendre le maillot jaune. Andreas Klöden monte sur le podium.
Cette fois, il n'y a pas eu de surprise. La logique s'est imposée à tous. Dans ce Tour abracadabrant, c'est, finalement, presque étonnant. Dans la bataille à trois qui l'opposait lors du chrono déterminant à Oscar Pereiro et Carlos Sastre, Floyd Landis n'a fait qu'une bouchée des deux Espagnols. Bien meilleur rouleur, il a effacé sans problème les 30 et 18 secondes de handicap qu'il comptait sur les deux Ibères. Sauf catastrophe, il remportera donc dimanche son premier Tour de France, dont il était le principal favori à la sortie des Pyrénées. Une issue prévisible, via des chemins de traverse: voilà donc la morale de cette édition 2006.
Le suspense a duré exactement 16 kilomètres samedi entre Le Creusot et Montceau-les-Mines. Au premier pointage, Landis, alors crédité du meilleur temps, n'avait comblé qu'un tiers de son handicap sur Pereiro. Sur son matelas de 30 secondes, il en restait encore 20 au coureur de la Caisse d'Epargne. A cet instant, le maillot jaune restait vissé sur ses épaules. Carlos Sastre, lui, se trouvait déjà hors jeu, naviguant au-delà de la minute. Il n'avait tout simplement pas les moyens de lutter. Dès lors, le Tour allait se jouer entre Pereiro et Landis. Du moins le croyait-on.
Klöden sur le podium
Malheureusement, le match a tourné court. Rapidement, on se rendit compte que l'Espagnol avait déjà brûlé tout son carburant, quand la réserve de l'Américain était encore pleine. Le maillot jaune a changé d'épaule avant même la mi-course. De manière virtuelle, certes. Mais chacun avait bien compris de quoi il en retournait, Pereiro le premier. Seule une chute ou une crevaison aurait pu détourner Landis de sa voie royale. Elle n'est pas intervenue, et c'est heureux. Au final, 1'29" séparait les deux hommes, donnant au Pennsylvanien une marge de 59 secondes sur Pereiro au classement général.
S'il n'a pu réussir l'exploit, l'ami Oscar a tout de même livré le chrono de sa vie. Comme il l'avait promis. Quatrième de cet ultime contre-la-montre, il se trouvait certainement en surrégime, légèrement au-dessus de son niveau. Landis était au-dessus, tout simplement. Seul petit bémol dans cette journée triomphale pour le leader de la Phonak: Floyd Landis a laissé filer le gain de l'étape. Devant lui, on trouve les deux mobylettes de la T-Mobile. Serhiy Honchar, d'abord. Comme à Rennes, l'Ukrainien a dominé son sujet, en creusant des écarts plus importants sur la concurrence. Le vétéran (37 ans) confirme son statut de spécialiste de l'effort solitaire.
Un seul homme est resté dans la même minute que lui, son coéquipier Andreas Klöden. Pour la première fois peut-être depuis deux semaines, l'Allemand ne nous a pas déçus. Formidable styliste, il a démarré vite pour finir en trombe, à 41 secondes d'Honchar, mais 30 secondes devant Landis. Du coup, Klöden apparait comme l'autre grand vainqueur du jour. Le natif de Mittweida a repris quatre minutes à Sastre, 20e de l'étape. Largement suffisant pour déloger le protégé de Bjarne Riis du podium. Le pauvre Carlos a donc tout perdu. Avec quelques kilomètres de plus, Klöden aurait même pu aller chercher Pereiro. Il ne lui a manqué que 30 secondes.
Cunego étonne son monde
Les autres enjeux du jour ont accouché d'une colossale surprise, à mettre au crédit de Damiano Cunego. Le maillot blanc du meilleur jeune du Véronais ne tenait qu'à un fil. Ou plutôt aux cinq secondes d'avance dont il disposait sur l'Allemand Marcus Föthen. On ne donnait pas cher des chances de Cunego et on avait tort. Il a repoussé Föthen, le devançant de 31 secondes. Presque surréaliste tant le vainqueur du Giro 2004 ne dispose d'aucune référence chronométrique, surtout sur une telle distance. Plus incroyable encore, Cunego apparait à la 10e place de l'étape, devant des spécialistes comme Millar, Voigt, Menchov ou Rogers.
A la peine pendant deux semaines, Cunego termine donc ce Tour en flèche, aux portes du Top 10 (12e). S'il peut banaliser son exploit de Montceau-les-Mines dans le futur, le maillot jaune deviendra un objectif très réaliste. Christophe Moreau a déjà eu les honneurs de la précieuse tunique, même si cela commence à dater. Samedi, il espérait plus modestement coiffer son compère de chez AG2R, Cyril Dessel. La 7e place était sur la table, mais Moreau, victime d'une chute après une mésentente avec son directeur sportif Julien Jurdie dans un virage, a échoué dans sa quête. Dessel, inconnu du grand public il y a un mois, terminera donc premier Français. Comme pour Landis, difficile de contester son mérite.